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Woody Allen au Pays des Merveilles

Wonder Wheel est un film nostalgique sur le temps qui passe « et emporte avec lui les rires des enfants », mais surtout les rêves des enfants que tous les personnages ont un jour été. 

A l’instar du Gatsby de Fitzgerald, les personnages du dernier Woody Allen sont aussi « magnifiques » que tragiques, car dès lors que l’on gratte un peu, le vernis s’écaille.

En dépit de leurs yeux clairs, des paysages de vacances et des décors de fête (foraine) dans lesquels ils évoluent, on détecte en effet très rapidement que quelque chose ne tourne pas rond dans ce « Pays des Merveilles » au rabais. 

Cette  fêlure se détecte aisément sur leurs visages.

Sur celui de Kate Winslet d’abord, dont les traits et expressions de visage, si familiers depuis son personnage de naufragée au coeur brisé dans Titanic, traduisent de sa première à sa dernière apparition dans le film-ci une réelle souffrance, mais aussi sur celui de Justin Timberlake à qui Woody Allen confie la lourde tâche d’endosser tous à la fois les rôles de maître nageur/étudiant/« petit minet » , aidé, pour donner l’illusion, de couches de maquillage et fond de teint qui opèrent tels de vrais « cache-misères ». 
D’ailleurs, les jeux d’ombres et de lumières que le cinéaste, tel un grand démiurge, s’amuse à faire porter sur les visages de ses personnages sont très révélateurs de cette grande « mascarade ». 

 

Dans ce véritable « petit théâtre de la vie », chacun n’a de cesse d’enfiler masques et costumes de personnages qui ne leur sied guère et surtout, les empêchent de vivre leur vie rêvée, que ce soit celle de « star » de la scène pour Kate/Ginny ou simplement celle de mari/père comblé pour Humpty qui, pour oublier son chagrin, se noie dans l’alcool. 

 

Mais si cette addiction est la plus visible, la plus prégnante est de toute autre nature. Il s’agit de l’addiction à l’amour dont Ginny la première souffre, tellement qu’elle lui a déjà coûté sa précédente relation, la laissant seule avec son fils et le poids de la culpabilité.

Pendant que les maux de tête de Ginny traduisent en même temps que trahissent le mal qui la ronge, son fils, quand il ne se noie pas dans le cinéma, se meut en pyromane, brûlant tout ce qui lui passe sous la main. On comprend dès lors que c’est le même feu qui les consume tous deux comme le reste des habitants du « wonderland » de Allen : le manque d’amour. 

Wonder Wheel apparaît ainsi comme une mise en abîme extrêmement habile de personnages abîmés et qui s’abîment à force de jouer la comédie, se tromper, se mentir, se cacher des choses à tour de rôle mais surtout à eux même, se rendant prisonniers de leur propre manège. 

Sous ce bref éclairage, charge au spectateur d’interpréter à sa manière les paroles du narrateur, bel épitaphe sinon du film, du moins de cet article :

« Le cœur a ses hiéroglyphes … »